Un site réalisé par la Ville de Fleury-sur-Orne

L’Hôpital des Coteaux

Quand les journaux du monde entier – les journaux allemands d’abord, les journaux alliés ensuite – entretenaient leurs lecteurs des carrières de Fleury, ce n’était ni des carrières Pochiet, ni des cVires Fouquet, ni des carrières Saingt, ni même des carrières des Coteaux qu’ils parlaient, mais seulement de l’Hôpital souterrain.

Si les réfugiés menèrent, en effet, aux carrières de Fleury prises dans leur ensemble, une vie sinon confortable, du moins acceptable compte tenu des évènements – on vient de le voir – les pensionnaires de l’Hôpital souterrain vécurent eux, pour la plupart, du premier jour au dernier, malgré les efforts de quelques nobles coeurs, dans des conditions matérielles et morales épouvantables. Les carrières de Fleury sont une chose, l’Hôpital souterrain en est une autre.

Cette discrimination faite, voici ce que nous avons pu recueillir

Le 29 juin, les Allemands ordonnent impérativement aux Caennais de la rive gauche d’évacuer les quartiers de la périphérie. L’Hôpital et l’Hospice Saint-Louis sont compris dans cette zone.

La première chose sur laquelle il faut insister est celle-ci: il n’y avait plus à Caen, le 16 Mai, aucun vieillard dans les hôpitaux, hospices ou maisons de refuge publics ou privés de Caen. Ils avaient été évacués dans la semaine précédente, sur l’ordre exprès de l’autorité supérieure, et conduits dans les hospices ou maisons d’accueil des petits pays de la région.

Les vieillards qui, fin juin, étaient hébergés à l’Hôpital, à l’Hospice Saint-Louis, au centre d’accueil du Lycée, à l’hôpital complémentaire du Lycée et au Bon-Sauveur, avaient été, pour la plupart, abandonnés les 6, 7, 8 juin et jours suivants, par leurs familles, pressées de fuir et désireuses de n’être pas retardées dans leur course vers le Sud.

Le Service de Santé eut ainsi sur les bras – alors qu’il n’avait déjà pas trop de monde pour soigner les blessés et pas trop de place pour héberger ceux-ci, 526 vieillards dont beaucoup devaient être l’objet d’une surveillance attentive. Il y en avait 12 à l’hôpital civil, 118 à Saint-Louis, 108 à l’hôpital complémentaire du Lycée Malherbe, 110 au centre d’accueil du Lycée Malherbe et 110 au Bon-Sauveur …

Le 29 juin donc, les Allemands ordonnant l’évacuation du quartier Saint-Gilles, une première réunion a lieu à la Préfecture aux fins d’étudier ce qu’il convient da faire des vieillards et autres grabataires de l’Hôpital et de Saint-Louis.

La solution la plus simple serait évidemment de les transporter au . centre de la ville, mais tous les locaux sont occupés, et même plus qu’occupés. De surcroît, la ville entière est l’objet d’un ordre d’évacuation totale. Le docteur Cayla propose qu’on les évacue dans l’Orne.

Les responsables du Service des Transports répondent: Impossible, nous n’avons ni le matériel ni le personnel nécessaires pour effectuer, dans un délai aussi bref et si loin, ce transfert. Il faut se rendre compte, en effet, que l’on ne transporte pas des vieillards comme on transporte des enfants ou des adultes en pleine force de l’âge, que l’on entasse pèle-mêle, au petit bonheur, dans des véhicules hétéroclites; leur organisme usé ne supporterait pas les heurts d’une longue route – une centaine de kilomètres – et mauvaise. Il faut les transporter allongés et beaucoup, de surcroît, sont impotents. Tous doivent être convoyés par des infirmières. Les cars sont inutilisables pour un tel transfert et le parc ne dispose que de quelques camions dont la plupart sont en mission. Seraient-ils tous là, qu’ils ne seraient pas assez nombreux: un camion ne peut faire qu’un voyage par jour vers l’Orne en raison des dangers de la route et il y a 130 vieillards à emmener, ce qui représente quinze à vingt camions et fermés, bien entendu. C’est l’égalité 40 hommes 8 chevaux des wagons qui joue, cette fois, au désavantage des hommes.

On ajourne la décision – les Allemands n’ont-ils pas l’habitude de changer d’avis d’heure en heure ? mais les choses se gâtent et l’on apprend plus tard que l’ennemi passe aux actes, qu’il jette sur la route des Caennais. Il faut agir. Au cours d’une nouvelle réunion, on décide donc de transférer immédiatement les pensionnaires de l’Hôpital et de Saint-Louis aux Coteaux où ils resteront 24 heures, le temps nécessaire au Service des Transports d’organiser leur transfert dans J’Orne. Par la même occasion, les vieillards de Malherbe et du Bon-Sauveur partiront également.

Ainsi donc, les carrières des Coteaux, dans l’esprit de la Préfecture et du Service de Santé, devaient servir – et servir seulement – de port de transit.

L’explication du drame se trouve dans cette phrase car, vingt quatre heures plus tard, les Alliés jetaient les premières bombes de l’attaque libératrice de la rive gauche, ajoutant à la complexité des problèmes que soulevait l’évacuation envisagée.

Devenait-il donc impossible de l’organiser à Caen ? Nous croyons pouvoir répondre par l’affirmative, le nombre de voitures mises en ligne par les Alliés pour évacuer l’Hôpital vers le Nord, la libération venue, le montre assez bien. Et les risques étaient alors moins considérables. Du ler au 9 juillet, le parc du Lycée n’avait assuré- ment ni assez de véhicules, ni assez de personnel pour effectuer le périlleux voyage. Le secours ne pouvait venir que de l’arrière, il ne nous appartient pas de dire pourquoi il ne vint pas. Bornons-nous à constater que le docteur Clot, évacuant le Préventorium dans le même temps, fit appel aux paysans des environs pour emmener son monde dans l’Orne (à l’exception des cinq cars qui chargèrent les enfants mais, encore une fois, des enfants valides étaient autrement faciles à transporter que les infirmes ), de même, M. Laberthe quand il évacua les Petites Soeurs des Pauvres. Il put obtenir toutefois le secours des ambulancières de Giel pour les blessés.

A la lumière de tout ce qui précède, il semble que l’on puisse conclure en disant que les responsables du grand drame des carrières ne sont pas à Caen, mais à Vichy. C’était au gouvernement de fait, tenu au courant de tout ce qui se passait à Caen par la Préfecture (à laquelle il ne répondait d’ailleurs pas), d’envoyer des secours. Il ne le fit pas.

En cela comme en tout, il laissa royalement  » tomber  » les Caennais.

Caen, pour Vichy, n’existait plus.

Un témoignage

Le R.P. Faudet, de L’Institut Lemonnier, qui apportait depuis le 6 juin une aide appréciée à Saint-Louis, se rendit le 30 juin aux carrières avec l’intention d’y organiser surtout le service religieux. Huit jours plus tard, comme il sera dit, il relayait le  » responsable » épuisé de l’une des « salles » de l’hôpital souterrain et devenait, peu après, « directeur économe » en quelque sorte, de celui-ci. Il a donc vu et entendu beaucoup de choses.

Le récit suivant a été écrit d’après les notes qu’il a bien voulu remettre aux auteurs.

Ceux-ci n’envisagent, volontairement, qu’un côté de la question – et encore, de façon bien schématique: l’organisation de la vie à l’hôpital. Ils se font scrupule de laisser au R.P. Faudet, qui se propose de publier un livre de souvenirs, le soin de la traiter sous ses autres aspects – descriptif et philosophique en particulier. Il précisera par la même occasion certains points qu’ils ne peuvent, eux-mêmes, qu’effleurer ici.

Pour l’intelligence de ce récit, il y a lieu de rappeler que les carrières des Coteaux étaient numérotées. La 3 était affectée aux émigrants de Saint-Louis, la 4 à ceux de Malherbe et du Bon- Sauveur. Une annexe avait reçu le nom de « carrière 3 bis ».

Le départ de Saint-Louis

Le jeudi 29 juin, à 16 h 50, arrive à Saint-Louis l’ordre d’évacuation. Il doit prendre effet à 18 heures. Dans une ambiance d’affolement et de nervosité extrêmes, on brancarde et on groupe, à l’entrée de l’établissement, les émigrants. On leur distribue un rapide repas froid. Il pleut. Au nombre des partants, il y a trente-deux malades et infirmes hommes, et quarante-trois malades et infirmes femmes. ( L’une d’elles, la grand-mère de soeur Mayolet, souffre d’une broncho-pneumonie).

A 18 heures, les voitures prévues pour le transfert arrivent. Ce sont des camions et des bennes du service du nettoiement. On y entasse les partants. Le premier convoi s’en va vers 18 h 30, le dernier vers 19 heures. Cinq religieuses sont du voyage: les soeurs Refuveille, Messageon, Martin, Leloutre et Mayolet. Le R.P. Gouriou, directeur de L’Institut Lemonnier, les accompagne.

Le trajet, en raison de la destruction des rues, est long et difficile. Un camion s’égare même avec son chargement. On ne retrouvera les quelques vieux qu’il transportait que beaucoup plus tard. Ils avaient été débarqués dans une ferme du Bas-Fleury et transférés ensuite dans l’Orne avec ceux du Préventorium.

Les chargements arrivent jusqu’à 20 heures, les émigrants sont brancardés dans les carrières à la lueur de quelques lampes de poche apportées par les soeurs de Saint-Louis. Quelques uns jouissent d’un peu de paille – de la paille souillée qui provient, dit-on, d’une écurie allemande – d’autres couchent à même le sol gluant et glacé. Tous n’ont pas de couverture. Cette installation est effectuée par des équipiers d’urgence, sous la direction de Jean Cadic. Elle se poursuit jusqu’à 23 heures.

Les religieuses ne disposent que d’un matériel sommaire et la nuit est atroce, ponctuée de gémissements, de pleurs, de cris, d’appels, « j’ai froid … j’ai peur … ma béquille … mon filet … mon sac … j’ai mal … je meurs … » Le lendemain matin, les « hospitalisés » baignent dans une mare de déjections. Les E. U. distribuent aux uns et aux autres du bouillon qu’ils sont allés quérir à la ferme Betton: leur premier repas depuis la veille.

L’arrivé de Malherbe

Au même moment, arrivent, par camions, les évacués du Lycée Malherbe. Nul ne les accompagne. On les débarque sur l’herbe encore trempée des pluies de la veille et de la nuit, et on les y laisse. Ils y resteront jusqu’à 18 heures. Pourquoi ? Parce que les premiers occupants de la carrière 4, des gens valides bien entendu, se cramponnent à leur trou et ne veulent pas s’en aller. Il y a des grincements de dents. Ces parfaits égoïstes consentent enfin à partir. Un peu de paille est apportée et les nouveaux venus prennent possession de leur gîte. M. Lemarchand, chirurgien-dentiste, chargé de diriger l’organisation de cette nouvelle « salle », s’acquitte de cette mission avec le concours de quelques bonnes volontés qu’il recrute aux alentours.

Pendant ce temps, le personnel de la 3 (religieuses et équipiers d’urgence) s’emploie à trouver un complément de matériel. Il y a lieu de signaler l’action de l’intrépide soeur Messageon qui se rend, sous les obus à Saint-Louis.

La nourriture distribuée ce jour-là, et qui provient de la ferme Betton, est sommaire; la distribution des portions se fait dans, des conditions déplorables. Le bol de bouillon passe de main en main, la viande et le fromage sont servis sur une tranche de pain. Si les aliments s’échappent de leurs mains débiles, le hospitalisés doivent les chercher, à tâtons, sur le sol souillé, les serveurs, perdus dans l’obscurité et la cohue, ne peuvent ni tout voir, ni tout entendre.

Le port de transit se transforme en hôpital

Le délai prévu pour le séjour temporaire est expiré. Il apparaît clairement, le dimanche 2 juillet, que le transfert dans l’Orne ne pourra avoir lieu et Fon décide de transformer le port de transit en hôpital.

A cette fin, on transporte de Saint-Louis aux carrières – mais pour les évacués de cet établissement seulement (le lycée n’enverra rien aux siens) – du matériel et des provisions. De plus, Mme Guillard rallie l’hôpital en gestation avec un nouveau contingent de soeurs de Saint-Louis. Trois infirmières, Melles Daboville, Orel et Mutel, arrivent à leur tour.

Dans le même temps, M. Trouvay apporte un groupe électrogène qu’il installe avec M. Thoumine à l’entrée de la 3. A l’heure des repas, cette

carrière est désormais éclairée, l’équipier Hal mel assure la surveillance du
groupe, un technicien, M. Plaissy, de la Compagnie d’électricité, le remplace plus tard. Dés lors, la vie devient supportable à la 3 et de docteur Cayla peut dire:  » J’aurai bientôt le plus bel hôpital souterrain de France ! « .

Par contre, la 4 reste atroce. Malgré son grand âge et son infirmité, M. Lemarchand fait preuve d’un magnifique dévouement, mais il n’est guère aidé, son personnel attitré se réduisant à deux religieuses de la Providence de Sées, échouées là.

La pluie a détrempé le plateau. L’eau de ruissellement envahit la carrière et inonde la couche des vieillards après avoir traversé un tas de fumier placé à l’entrée; elle est infecte et nauséabonde. M. Lemarchand cherche, en vain, des volontaires pour déplacer ce fumier, il ne trouve personne. Le docteur Cayla arrive sur ces entrefaites et promet des cigarettes et une prime à ceux qui répondront à son appel. Quelques hommes se présentent et se mettent au travail, mais, trouvant que les cigarettes ne viennent pas assez vite, l’abandonnent; les équipiers d’urgence, recrus de fatigue, suppléent à la coupable défaillance de ces Messieurs. Mais, dans quel état se trouvent, durant ce temps, les malheureux baignant dans l’eau souillée !

Dans le même temps, Mme Guillard désigne quelques-unes de ses religieuses pour aider M. Lemarchand, à la disposition duquel se mettent également Melles Orel et Mutel.

La liaison entre les carrières et la rive gauche est assurée régulièrement, qu’il bombarde ou non. Chaque jour, un équipier, une religieuse ou encore le Père Prigent, descendent en ville, soit pour obtenir des vivres au Ravitaillement, soit pour quérir des médicaments à l’hôpital, soit encore pour prévenir telle ou telle personne de la présence aux carrières d’un parent.

Enfin, le 8 Juillet, le Père Faudet relève M. Lemarchand épuisé. Les Alliés arrivent sur la rive gauche de l’Orne. L’hôpital des carrières est coupé du P.C., du Service de Santé. Le Père Faudet n’hésite plus. Il prend sur lui de coordonner les différents services de la 3 et de la 4 qui vont rester, deux semaines durant, sur la ligne de feu.

L’histoire de l’hôpital souterrain entre dans une nouvelle phase.

L’Hôpital sur la ligne de feu

Sur l’initiative du Père Faudet, les améliorations suivantes sont apportées presque simultanément. Elles permettent, et c’est l’innovation, de traiter tout le monde de la même façon.

Entre la 3 et la 4, une nouvelle « salle » est créée, le 3 bis où sont hospitalisés, dans de meilleures conditions, les malades et les plus souffrants des grabataires de la 4. Cette « salle » est équipée avec du matériel fourni par la supérieure de Saint-Louis. Le personnel: médecins, infirmières, religieuses, aides bénévoles, est équitablement réparti entre les différentes travées. L’hôpital est doté de cuisines qui alimentent régulièrement, et de la même façon, les uns et les autres, l’électricité est distribuée partout, dans la mesure du possible.

Les soins

Les soins sont dispensés sous la direction du docteur Maquère, médecin-chef de l’hôpital, qui fit preuve du plus pur dévouement durant ces jours tragiques. Il est assisté des internes, Morin et Bellamy, et aidé des infirmières civiles déjà nommées, des infirmières de la Croix -Rouge, Melles Thomine, Desmasure et Pipel (plus spécialement chargées des enfants ), des religieuses de Saint-Louis et de la Providence de Sées, et enfin des volontaires, hommes et femmes, venus des carrières voisines. On ne dira jamais assez la somme de courage, et même d’héroïsme, dont toutes et tous firent preuve dans l’accomplissement de cette tâche librement acceptée, toujours pénible, souvent affreuse, d’autant plus pénible et d’autant plus affreuse qu’elle s’effectuait dans des conditions infectes et sans connaître de répit que, malgré tout, l’on connaissait quelquefois en ville.

Nous n’en donnerons qu’un exemple. Comme il était impossible de jeter les excréments à l’air libre, on les déversait dans une sorte de puisard creusé par des équipiers d’urgence dans la carrière même, ce qui n’était déjà pas drôle; mais on n’avait pas d’eau pour rincer les récipients et pas davantage pour laver les chemises souillées qui collaient à la peau des malheureux infirmes et leurs draps.

Un seul rayon de lumière dans cet enfer l’électricité.

Nous avons vu qu’au début de juillet, un groupe électrogène, distribuant l’électricité aux heures des repas et à la 3 seulement, avait été apporté aux carrières et placé à l’entrée de celle-ci. Le 9, les Allemands prenant position à cet endroit, on doit déplacer le groupe et le transporter à 150 mètres de là, au fond de la carrière. A la faveur de ce déménagement, M. Plaissy modifie l’installation. Une lampe de 60 watts fonctionne désormais à l’infirmerie, des lampes de 15 et 25 watts à la 3, les deux autres « salles », faute de matériel, sont moins bien partagées. On y voit tout juste assez pour se guider.

Il faut souligner ici le dévouement et l’ingéniosité dont firent preuve constamment M. Plaissy et son fils qui assurèrent, avec les moyens du bord, le fonctionnement de cette installation de fortune. Un exemple : la courroie reliant le moteur à la dynamo ayant cédé, on dut en réquisitionner une autre dans une ferme voisine, et comme elle était trop large pour la poulie de la dynamo, on tailla celle-ci au burin …La surveillance du moteur était pénible et dangereuse. On le vit bien quand M. Plaissy, intoxiqué par les émanations, tomba sans connaissance. L’électricien ne dut son salut qu’à la prompte arrivée de son fils.

Mentionnons enfin que le moteur fut alimenté jusqu’au bout grâce aux stocks d’essence transportés à l’hôpital souterrain le 9 juillet et jours suivants par M. Manoury.

Les cuisines

Jusqu’au 9 juillet, les hospitalisés, comme tous leurs voisins des autres carrières, étaient tributaires de la ferme Betton. Les équipiers d’urgence faisaient la navette entre l’hôpital et la ferme d’où ils rapportaient les portions.

Le service n’était pas régulier. La distribution était faite à la 3 par les jeunes gens et à la 4 par un personnel de fortune qui servait plus volontiers ses amis que les hospitalisés.

Le 9 juillet, le jeune Yves Plaissy ayant découvert par hasard, dans une profonde galerie, une faille pouvant servir de cheminée, le Père Faudet s’empresse de faire aménager une cuisine à cet endroit. Des foyers sont montés et les équipiers vont prendre à la ferme Betton le matériel indispensable. Heureuse décision car, à partir du 10, les obus arrosent continuellement le plateau et les Allemands en interdisent l’accès durant le jour. Les réfugiés du voisinage, moins prévoyants, restèrent jusqu:à trois jours sans ravitaillement chaud.

En principe, la cuisine devait être faite par les soeurs de Saint-Louis … pour éviter le  » coulage « , mais on découvrit tout de même d’honnêtes personnes pour les aider. Les fourneaux leur furent confiés et les religieuses purent se consacrer entièrement aux soins des malades, tâche suffisante pour remplir leurs journées. Les soeurs reprirent cependant possession de leurs fourneaux le jour de la Libération, quand on put les installer à l’air libre, près de l’entrée de la 3. Soeur Marie Madeleine contracta, au service des cuisines, des abcès aux yeux provoqués par la fumée.

Les portions étaient distribuées à la 3 par les religieuses, et dans les autres salles, par des équipiers et le personnel de la 3.

Le ravitaillement

Jusqu’au 9 juillet, l’approvisionnement avait été fourni par Saint-Louis et le Ravitaillement officiel. Après la rupture des relations entre les deux rives, l’hôpital souterrain se ravitailla surtout par ses propres moyens, les stocks dont M. Martin disposait pour l’ensemble des carrières ne pouvant plus guère être renouvelés. Les équipiers y pourvurent d’un côté et deux « francs-tireurs », le Père Prigent et André Bernard, de l’autre. Tous firent preuve d’un allant et d’un courage magnifiques dans cette mission qui était périlleuse, les obus ne cessant guère de pleuvoir.

Le pain provenait à la fois de la ferme Betton – source officielle – et d’une source privée, la ferme Bernard où M. Pincet, le boulanger de la rue de Falaise, descendait chaque jour et en toute circonstance. Ce fut un des braves de la corporation.

La viande était fournie par la ferme Betton. En outre, après les bombardements, le Père Faudet et les équipiers d’urgence se répandaient aux alentours pour débiter sur place, après les avoir achevées, les bêtes agonisantes.

Le lait pour les bébés était apporté chaque matin par l’équipier Harmel qui avait assuré, au début de l’installation, le ravitaillement en eau. Ce fut peut-être le problème le plus difficile à résoudre. Tant qu’il fut possible de descendre au Bas-Fleury sans trop de risques, Veau ne manqua pas. Avec le cheval « Requis » qu’il était aller chercher à la nage de l’autre côté de l’Orne, Harmel la’ montait et l’entreposait dans un tonneau placé à l’entrée de la 4. Par la suite, elle dut être stockée à l’intérieur de cette « salle » pour éviter les incidents, certaines personnes ne voulant pas comprendre que cette eau, recueillie par les équipiers d’urgence au péril de leur vie,’ était destinée aux malades, aux infirmes et à eux seuls. Il y eut des bagarres autour du tonneau …

A partir du 10 juillet, il devint impossible de’ s’approvisionner à la source du Bas-Fleury. On dut aller puiser l’eau à la « tirée » Fouquet. Il fallait parcourir cinq à six cents mètres dans des dédales obscures remplies de boue et d’excréments, une grande heure était nécessaire pour accomplir le voyage. Toute personne apte au service devait y prendre part; les récalcitrants étaient privés de nourriture, mais il y avait des gens qui préféraient ne pas manger à leur faim plutôt que de participer à la corvée. L’eau ainsi apportée était tout juste suffisante pour approvisionner la cuisine et procurer un minimum d’hygiène. Il était impossible de faire le moindre lavage.

Le menu était amélioré par les apports du Père Prigent et de André Bernard. Sans jamais rien dire, ni rien demander à personne,* ‘ils s’en allaient à l’ improviste vers le ‘préventorium ou quelques fermes du Bas-Fleury occupées par le Allemands et en revenaient ‘avec de la volaille, des légumes, de la boisson: Ils rapportèrent tin jour une vache, une autre fois des cochons et même des moutons.

Les secours aux blessés

Par suite de l’évacuation du Préventorium (1 – 5 ‘juillet): et de l’hospice des Petites Soeurs des Pauvres (9 – 12 juillet), l’Hôpital des Coteaux fut, du 9 juillet (conquête de la rive droite de l’Orne par les Alliés) au 19 juillet (libération de la rive droite), le seul poste sanitaire, dans cette partie-ci de la banlieue caennaise, sur la ligne de feu. Un grand nombre de blessés y furent donc amenés et transférés ensuite, pour la plupart, à Giel.

           Les blessés étaient brancardés par les équipiers d’urgence qui firent preuve, dans ces fonctions, du plus pur héroïsme: « Que de fois,’ nous a dit le Père Faudet,’ n’aurions-nous pas dû être tués sous des bombardements imprévus et effrayants mais nous .épargnant, soit parce que les obus n’éclataient pas, soit, tout simplement, notre heure n’était pas encore venue. Cadic doit s’en souvenir, le Père Prigent aussi « .

Mais les E. U. étaient les seuls, aux carrières, à se dévouer. Des gens pour qui le dévouement n’est qu’une forme de travail rémunéré, nous voyant ainsi risquer notre vie, nous demandaient combien nous étions payés pour aller ramasser les blessés … Et c’est encore du Père Faudet que nous tenons cette anecdote.

.Le 13 juillet, les Allemands font évacuer Louvigny. Les gens affolés arrivent aux carrières à la nuit tombante après avoir traversé l’Orne. La pluie fait rage. Ils nous apprennent qu’ils ont laissé derrière eux des blessés. Les équipiers prennent des brancards et vont les chercher. Trois kilomètres pour aller et autant pour revenir. Un tir de barrage se déclenche au même moment, les obus tombent drus et le retour est épuisant. Mais tous les blessés n’ont pu être ramenés au cours de ce premier voyage: LeS équipiers sont Tl. claqués  » et je m’oppose à ce qu’ils redescendent à Louvigny. Je vais dans les carrières voisines demander des volontaires. Je décris la situation: il y a du danger, oui, mais aussi des gens à sauver … les équipiers n’en peuvent plus … qui veut m’accompagner ? On me répond:  » Oh, l’abbé, si vous voulez vous faire casser la gueule, ça vous regarde, nous, nous sommes bien ici ! ».

Le Père Faudet n’insiste pas, et prenant un brancard, s’en va avec la Père Prigent. Il y eut, cette nuit-là, onze morts

Les blessés qui devaient être opérés étaient transportés à l’arrière par les ambulancières restées à leur poste sur la rive droite (il en a été parlé à propos du P.S.3 de Sainte-Thérèse et du poste sanitaire des Petites Soeurs des Pauvres) et qui, à quelque moment que ce fut, remplirent leur mission avec leur cran légendaire.

Les morts

Jusqu’au 8 juillet, les morts de l’hôpital furent inhumés au cimetière de Fleury. Par la suite, en raison des bombardements, on dut se résoudre à les enterrer dans la carrière même. Une équipe de fossoyeurs fut constituée sous la direction de M. Breuilly, employé à la S.N.C.F., qui fit preuve d’un dévouement complet. La première pelle et la première pioche furent dérobées aux Allemands au cours de la nuit par le Père Faudet. Le lendemain, on en « récupéra » encore du côté allemand et le surplus fut fourni par des réquisitions.

Le creusement des fosses, dans le sol pierreux, était pénible, d’autant plus que le matériel ne convenait guère à ce genre d’entreprise et que les fossoyeurs improvisés étaient sous-alimentés. Les corps étaient recouverts de chaux. Il y eut 47 décès à l’hôpital.

L’évacuation du 14 Juillet

Il est à peine besoin de souligner que l’hôpital eut souvent maille à partir avec les Allemands. Les premiers incidents se produisent dès le début, les militaires prétendant empêcher l’hôpital de prendre position à la carrière 3 où ils ont, eux mêmes, l’intention de s’installer. Ils finissent par aller ailleurs, mais, peu après, ils mettent un lance-grenades en position devant l’entrée de l’hôpital. Un canon, à la satisfaction générale, le remplace par la suite. D’autres canons se trouvent sur le plateau. Il ne faut pas oublier enfin que les Allemands occupent les Docks Fouquet qui communiquent avec les carrières des Coteaux par les galeries souterraines, de sorte qu’on les voit souvent.

Quelques uns d’entre eux sont d’origine polonaise – les canonniers notamment – et les relations qu’ils entretiennent avec les réfugiés ne sont pas mauvaises. Il leur arrive même de rendre des services à ces derniers. C’est ainsi, par exemple, qu’au cours de la nuit qui suit l’évacuation de Louvigny et qui voit les réfugiés de ce village passer l’Orne dans l’espoir de trouver asile dans les carrières de Fleury, ils proposent spontanément aux équipiers d’urgence de doubler les sentinelles pour guider les arrivants vers l’entrée des grottes dans la crainte que les S. S. qui rôdent dans le secteur, ne tirent sur eux.

Les premières menaces d’évacuation des carrières se manifestèrent le 13 juillet.

Le Père Faudet rapporte:

-Le 14 juillet au matin, après une nuit atroce consacrée au sauvetage des blessés de Louvigny, je suis appelé par le capitaine S. S. qui se trouve à la « tirée » de la carrière Fouquet. Il est manchot et parle correctement le français. Il n’a pas l’arrogance habituelle des S. S. et me reçoit avec courtoisie:

– Monsieur, me dit-il, je suis commandant d’unité combattante, je n’ai rien à voir avec les civils. Je suis chargé de vous communiquer l’ordre d’évacuation immédiate et totale des carrières, même de l’hôpital.

Je prétends qu’un ordre n’est valable que s’il peut être exécuté. Il me répond:  » Monsieur, je suis chargé de vous transmettre l’ordre, mais pas de le faire exécuter. Je vous salue « .

Je regagne l’hôpital où j’invite à se réunir tous ceux qui ont quelque influence dans les différentes travées pour conjuguer nos efforts afin d’éviter un départ massif. Les équipiers, les docteurs, les gendarmes, la Supérieure des religieuses répondent à mon appel et me rejoignent au P.C. des équipiers. Je les mets au courant de ce qui vient de se passer et d’un commun accord, nous décidons :

  • De ne pas donner nous-mêmes l’ordre d’évacuation.
  • D’attendre que les Allemands le donnent et d’en réduire la portée en dédoublant l’hôpital ce qui nous permettra, en brouillant les cartes, d’accroître considérablement le nombre du personnel soi-disant nécessaire au fonctionnement des deux services.

Hélas ! moins d’un quart d’heure après, je suis appelé par un groupe de personnes me disant que des gendarmes français font évacuer tout le monde … à la 3 bis. Je m’en étonne et j’y cours. Le fait est exact, obéissant aux ordres de deux gendarmes S. S. survenus à l’improviste, les gendarmes français, rompant nos conventions par manque de sang-froid, font évacuer. On devine les cris, les pleurs, le remue-ménage que causent un tel ordre et son application. Tout le monde a perdu la tête et je m’efforce de faire entendre raison à la police et à quelques autres personnes pour enrayer ce départ tumultueux.

N’y parvenant pas, je file trouver le capitaine manchot et lui signifie mon indignation devant un tel départ, en pleine ligne de feu, contraire à toutes les lois de guerre. Il se contente de me répondre :

  • Monsieur, je vous ai dit, ce matin, que je n’avais rien à voir avec les civils. Ce sont les gendarmes S. S. qui ont donné l’ordre tout à l’heure.
  • Puis je les rejoindre ?
  • Non Monsieur, ils sont allés voir le général …

Je reviens donc. Pour sauver le plus de monde possible à la 3, à la 3 bis et à la 4, je mets immédiatement en application le plan dressé en commun quelques heures plus tôt : un hôpital est créé à la 4. Il a pour directeur M. Valette et adjoint M. Hamelin (qui nous servira d’interprète à chaque coup dur) : pour médecins, les docteurs Caillard et Bories; pour pharmacien, M. Randeffa; pour équipiers d’urgence, les jeunes de Louvigny arrivés avec les réfugiés; pour groupe volant « les gars de Valognes », des « durs »; pour infirmières enfin, le personnel civil de la 3.

Les uns et les autres sont pleins d’allant et l’opération s’exécute à merveille.

Ainsi donc, malgré l’ordre d’évacuation, les habitants de la 3 et de la 4 restent provisoirement dans leurs travées et le personnel médical et hospitalier attend de pied ferme les évènements. Mais les réfugiés des autres travées prennent la direction de la « tirée » Fouquet pour partir et c’est alors que se place un affreux accident qui fait ajourner au lendemain l’évacuation. Un obus tombe en plein sur un groupe de partants coincés dans la « tirée », il y a plusieurs morts et des blessés.

Apprenant cette nouvelle, le Père Faudet retourne voir le capitaine et lui demande de suspendre, au moins momentanément, l’ordre d’évacuation; Visiblement impressionné par cette inutile boucherie, l’Allemand lui répond que, de sa propre autorité, il l’a ajourné au lendemain matin. Mais, à 9 heures, tout le monde devra s’en aller.

Le 15 donc, dès 6 heures, les gendarmes S. S. vocifèrent dans les carrières des « raoust » retentissants, cependant, instruits par les évènements de la veille, nul ne se hâte; à 9 heures, il n’y a encore personne de parti.

Le Père Faudet rejoint de nouveau le Capitaine manchot et obtient des adoucissements. Outre les malades et le personnel de l’hôpital, les femmes enceintes et les mères de 4 enfants pourront rester. Un major passera dans l’après-midi pour contrôler. Le Père Faudet a cette trouvaille: il demande aux mères qui ont plus de quatre enfants, de  » prêter  » ceux qu’elles ont en surnombre aux mamans qui n’en ont que 3. Mais il est plus difficile de garder les pères. On y parvient cependant en créant pour eux des emplois fictifs. A l’heure du contrôle, il y a, dans les hôpitaux, autant de personnel soignant que de malades.

La visite se déroule sans incident. Le Major est assisté d’un jeune pasteur. L’un et l’autre sont corrects. Le Major se borne à remarquer » que l’air pur du dehors serait plus indiqué pour les petits que la pestilence des carrières ».

Chacun pousse néanmoins un soupir de soulagement quand les deux Allemands s’en vont et il est décidé, par prudence, que, si un nouveau contrôle a lieu, une partie du trop nombreux personnel se camouflera.

La journée se terminerait sans autre incident si une hystérique n’allait se plaindre aux autorités allemandes des médecins français qui ne veulent soi-disant pas la soigner et du Père Faudet qui lui ordonne de prendre la route. Elle n’est pas la seule, du reste, à agir de la sorte et le capitaine manchot reçoit assez fraîchement le Père Faudet et le docteur Maquère venus protester, dans la soirée, contre les agissements de soldats excités. Il leur dit:

– Qui commande ici ? … Depuis ce matin, les civils ne cessent de m’importuner pour savoir qui doit partir ou rester. Je vous ai dit que seules les femmes enceintes et les mamans de 4 enfants peuvent rester … Pas les autres … Et puis ça suffit … Qui a déclaré la guerre à l’Allemagne ? Qui est la cause de tant de misères ? C’est vous les Français !

Et le torrent d’invectives roula, tumultueux, pour s’achever par un « raoust » qui n’admettait pas de réplique.

– Comme il eut été souvent facile pendant l’occupation, note le Père Faudet, de  » rouler  » l’occupant s’il n’y avait pas eu des Français pour lui. faciliter la tâche !

Le Père Faudet et le docteur Maquère reviennent aux carrières et se couchent. Toute la nuit, le Père Faudet est assailli de gens l’implorant de les garder, fut-ce comme fossoyeurs, comme vidangeurs, etc … etc … Une seule chose comptait: rester à tout prix.

– Dans mon sommeil, hagard, lourd,. je répondais à tous: oui,

restez, cachez-vous si vous avez de quoi manger; si vous n’avez pas ce qu’il vous faut, on vous portera des vivres.

Au lever, les S. S. sont là, vérifiant eux-mêmes les pansements. Des réfugiés partent encore. D’autres ne se résignent pas à prendre la route et déjà, un immense mouvement de foule, mouvement d’indignation et de rancoeur, s’élève, s’enfle, risquant de compromettre le plan élaboré la veille et l’avant-veille pour sauver le plus de monde possible. Quelques personnes avaient eu vent de la ruse du Père Faudet et de ses compagnons et elles menaçaient de tout révéler aux Allemands si Monsieur un tel ou Madame une telle ne partaient pas, alors qu’eux devaient s’en aller.

– Y a-t-il au monde une situation plus épouvantable, note encore le Père Faudet, que de départager des êtres uniquement mus par leur instinct de conservation, en face duquel toute autre notion disparaît: situation sociale, richesse, âge, famille même parfois …

L’orage se dissipe en fin d’après-midi à la faveur de certains départs et la nuit se déroule sans incident. Au petit matin, les réfugiés des carrières Saingt qui ont évacué, pris sous un tir d’artillerie, se replient aux

Docks Fouquet, en hâte.

Il n’y a plus de S. S.

Vers 11 heures, il faut aller chercher du pain. Depuis deux jours, il est fourni aux carrières par la boulangerie Lenormand, rue Armand- Marie où M. Corsin continue son travail malgré les bombardements. Pour atteindre la rue Armand-Marie, le trajet est long et périlleux car on ne peut mettre le nez dehors sans être repéré par les Canadiens qui sont dans le voisinage de Carpiquet.

– Michel Desprairies m’accompagne, conte encore le Père Faudet, et un autre équipier dont je ne me souviens plus, Pierre Lerouley peut-être.

Michel, à mon sens le vrai type du brave, qui claque des dents chaque fois qu’il affronte la mort, mais qui, chaque fois aussi, surmonte sa peur et accomplit sa mission, est près de moi; de temps en temps, poussant sur la voiture à bras que je tire, il me dit:  » Plus vite, Père, plus vite … « . Et de fait, les obus sifflent au-dessus de notre tête et percutent à quelques dizaines de mètres. Ayant atteint la rue Armand-Marie, nous sommes hors de vue des artilleurs et le tir s’arrête, mais, à peine avons-nous chargé la voiture et nous disposons-nous à quitter la boulangerie, qu’un tir concentré sur la rue nous oblige à descendre précipitamment à la cave. On entend les tuiles tomber des toits voisins.

Nul ne fait le fanfaron. Pour ma part, j’ai plus peur oe matin-là que quelques jours plus tôt en allant à Louvigny, car l’idée de mourir à un moment si proche de la délivrance me fait « bisquer ». Cette délivrance, en effet, nous la savons imminente … Sur tout le parcours, entre les carrières et la rue Armand-Marie, nous n’avons vu aucun Allemand alors que, quelques jours plus tôt, tout le secteur en était infesté; et puis, Serge Goguel est venu le dimanche 16 et nous a dit que, dans deux ou trois jours, nous serions libres à notre tour…

A. Gosset et P. Lecomte
Extrait de l’ouvrage « CAEN pendant la bataille »